« Gens du pays… »

Matin d’hiver par temps de calmasse, après la météo agitée de la veille ; le ferry glisse sur les eaux en ce mercredi 16 janvier 2019 ; les passagers savourent ce temps suspendu dans le doux ronronnement de la machine qui s’inscrit en plan éloigné à l’oreille la plus exercée. Aller-retour prévu d’une journée, avec une voiture, facilité désormais offerte à qui veut se rendre de Saint-Pierre à Miquelon ou vice-versa. Un plus qu’apprécient par exemple les chasseurs qui ont tout leur matériel dans la cuve de leurs camionnettes, ce qui allège d’autant toutes les opérations d’embarquement et débarquement. Vie facilitée aussi pour toute entreprise qui doit se déplacer avec voiture et outils pour une opération de maintenance.

Nous sommes entrés dans une ère nouvelle, depuis la mise en route des ferries de la Collectivité, après moult péripéties. L’espace est ouvert désormais à l’échelle de l’archipel sur les douze mois de l’année, offrant de nouvelles perspectives de développement, au-delà de la traditionnelle saison touristique de juillet et août. Qui veut goûter l’ambiance subarctique hivernale peut le faire aisément, les paysages offrant une beauté bleutée hors des sentiers battus pour le citadin imprégné de grisaille.

Les défis sont entre les mains de ceux qui assurent et assureront la relève, dans un mouvement qui modifiera les lignes. Je laissais mes rêveries vaquer à leur ordinaire tout en savourant dans la convivialité des lieux un délicieux paleron de bœuf antillais chez Hervé, au restaurant Mayou’naise au centre du village. Plus tard, direction la dune de Langlade, un aigle posé près d’un banc de galets renouvelé m’invitait à prendre de la hauteur, après un rase-mottes initial, mer, terre et neige rassemblées pour chanter la beauté des îles dans leur fragilité même.

Envol vers l’imaginaire

Pression humaine sur le milieu naturel, dune malmenée, quai de Miquelon battu par les ans, mais aussi goémon de la vie, chasseurs tournés vers leur passion, volonté de vivre au pays… Ordinaire du quotidien ; avenir avec ses incertitudes… Tout s’entremêlait, s’entrecroisait, au fil de la journée.

Rien n’est jamais stabilisé dans la fixité des évidences.

« Pour ces cœurs à qui je souhaite

Le temps de vivre leurs espoirs

Gens du pays… » Les mots de Gilles Vigneault m’enchantaient de leur clin d’œil.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

17 janvier 2019