De la Gironde à Paris

« C’est avec une profonde émotion que je me prépare à quitter mes fonctions de maire », déclare Alain Juppé nous rapporte le site du quotidien 20 minutes en ce 13 février 2019. Car le maire de Bordeaux, pauvre âme en peine, va rejoindre, à 73 piges, le Conseil constitutionnel sur proposition du président de l’Assemblée nationale. Bref, la république est en marche, droit dans ses bottes, de surcroît. Pendant ce temps il en est tant qui battent le pavé.

Je sens qu’on va verser une larme. Déjà qu’il nous avait fait le coup du déchirement du temps de son séjour au Québec où il était allé pelleter la neige sur son balcon. Des larmes, tabarnak, avec un zeste de sirop d’érable.

Ah mais ! c’est la fonte des glaces ! « Allez aidez-moi! », a-t-il soufflé, la voix étranglée par l’émotion, sous les applaudissements de son conseil municipal » nous rapporte le Huffingtonpost. Il est vrai que sous les armures de nos chevaliers d’Azincourt, il devait y avoir de grands sentimentaux. Pourquoi en serait-il autrement chez les politiques ? Pas chez tous, convenons-en.

« Faut pas pleurer comme ça
Demain ou dans un mois
Tu n’y penseras plus »
, comme chante Daniel Guichard.

Réflexe de survie, j’en ai les badigoinces qui se coincent. « Ouvre la fenêtre qu’on respire un peu » entonnaient Les Charlots.

Pour mémoire et faire plus sérieux, dans l’ouvrage de Vincent Jauvert, Les intouchables d’Etat, est mentionné le salaire que touchait en 2017 la Garde des Sceaux du temps de son appartenance en tant que membre au sein dudit conseil, composé de neuf membres pour un mandat de neuf ans : « 13 300 euros nets par mois ». Bref, sans aller plus loin dans un champ d’où sont écartés au minimum les temps difficiles, disons qu’il ne s’arrachera sans doute pas les cheveux pour assurer le quotidien. Et puis l’essentiel n’est-il pas d’avoir une bonne constitution ?

Dans le même temps l’Elysée nommera Jacques Mézard, ancien ministre, qui, lit-on toujours dans l’ouvrage sus-mentionné, aura eu la particularité de mener des auditions sans concessions sur les « moeurs édifiantes de la noblesse d’Etat » (sous-titre de l’auteur) dans « l’univers des autorités administratives indépendantes » où l’on ne pleure pas non plus sur son sort.

« Alain Juppé au Conseil constitutionnel : « Une très bonne nouvelle pour la République », pour Edouard Philippe », nous rapporte encore LCI. « Nous ne sommes pas en monarchie » a dit Juppé pour nous rassurer. Euh…

Donnera-t-il son avis sur une éventuelle assemblée constituante ? Je plaisante ; pour ce faire, il faut être Insoumis.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

13 février 2019