« Les intouchables d’Etat »

Soit les faits suivants : il a de bas revenus, il reçoit une aide au logement. Mais, grande nouvelle, suite au mouvement des Gilets Jaunes enclenché en novembre 2018, Emmanuel Macron répond par une « prime d’activité ». Ça tombe bien, il peut en bénéficier. Patatras ! En conséquence on abaisse son aide au logement. Au final, il paie plus cher et il peut mesurer la portée du mot « entourloupe ».

Pendant ce temps, la vie continue au sommet de l’Etat derrière des murs inaccessibles. Mais là on tripatouille à une échelle dont tu n’as pas idée. L’enquête du journaliste Vincent Jauvert qui aura donné lieu à la publication du livre Les Intouchables d’Etat, va t’en boucher un coin ou te révulser…

Il y avait le monarque. Tu découvriras la noblesse. A ce stade on peut tomber la particule, mais on n’oublie pas le compte en banque. François Hollande, président, n’avait-il pas décidé de baisser de 30% le salaire présidentiel et celui du premier ministre à 150 000 euros par an ? Une note intitulée REM 150 passe en revue les 150 hauts fonctionnaires de Bercy qui touchent plus que ces 150 000 euros. En 2015, cent cinquante cadres de Bercy étaient mieux payés que le chef de l’Etat ! », apprenons-nous avant d’en découvrir le détail. Vous avez dit « prime d’activité » ?

Ça se limite à Bercy ? Que nenni ! Une demande de l’Elysée dans la foulée de la décision de François Hollande aura établi une autre liste… confidentielle. Mais un travail d’enquête approfondi que nous suivons ici permet de prendre toute la mesure de l’impensable. D’après ce document, « plus de 600 hauts fonctionnaires (…) gagnaient, en 2012, plus de 150 000 euros nets par an ».

Certes, il y a les salaires, mais plus que tout on mesure le mode opératoire de cette caste, de l’ENA à Polytechnique en particulier, aux affectations à des postes dont nombreux sont ceux de convenance. La cooptation – le copinage – fait florès et feu de tout bois. Tu repères des noms de ministres, de directeurs de cabinets, de secrétaire général du gouvernement, de présidents en tous genres, dont les Autorités Administratives Indépendantes, tu t’amuses à recouper de quelle cuisse ils sortent énarchisés et déjà se révèle un petit monde de privilèges à côté desquels ta prime d’activité fait à peine penser à l’affleurement de la moindre roupie de sansonnet.

Il est une ministre de la fonction publique, du temps de François Hollande, qui aura tenté de remettre en question le mode opératoire des affectations des promotions de l’ENA. Cette tentative est relatée dès le début de l’ouvrage. Son nom ? Annick Girardin. Le récit de cette tentative avec un petit succès la veille de son dernier conseil de ministres vaut d’être découvert.

Tu apprendras aussi que faire des « ménages », c’est s’assurer de beaux compléments de rémunérations. Bref, chez ces gens-là, « On ne cause pas Monsieur / On ne cause pas on compte ». Et l’on oublie les plafonds. Mais si l’on ramenait tout à des prix planchers plafonnés raisonnables, on pourrait sans doute éviter les atteintes aux services publics que le gouvernement étrangle par mesures… d’économie…

J’en suis au premier tiers du bouquin. Dehors souffle le vent d’hiver. Qu’importe ! Il faut prendre l’air.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

11 février 2019

Vincent Jauvert, Les intouchables d’Etat : bienvenue en Macronie – Robert Laffont – 2018ISBN : 978-2-221-19803-2