Joseph Ponthus, A la ligne

Je te le dis, ô lecteur par inadvertance, on est loin de l’ambiance farniente de l’été 2019 sur les îles ; plus proche de ceux qui triment à l’usine. Bretagne, usine de traitement de crevettes, de bulots, de crabes… Et l’intérim surtout. Témoignage d’un qui aura trimé.

Originalité de l’écriture, sans ponctuation ; le temps défile, au boulot.

« Tant qu’il y aura des missions intérim

Ce n’est pas encore le point final

Il faudra y retourner

A la ligne » (p.116)

Le récit de Joseph Ponthus ne te lâche plus, l’enfer et l’humain, l’enfer et le rêve, l’enfer, mais l’écriture. Surmonter, dépasser l’insupportable, assurer sa survie. « Est-ce ainsi que les hommes vivent » chante Léo Ferré. Terrible réalité, inconnue pour ceux qui en sont éloignés. Lui, Joseph, a une formation d’éducateur ; il se marie ; il quitte la région parisienne ; il s’installe en Bretagne ; usine ; intérim ; usine de traitement des produits de la mer puis… abattoir… La vache ! (Jeu de mot facile, j’en conviens, mais tu ne peux plus manger un morceau de bidoche de la même façon) Peut-on s’imaginer celui qui bosse à n’en plus pouvoir et qui échappe à l’insurmontable par la chanson, la poésie… ? Réminiscences salvatrices. « Sois sage ô ma douleur / Et tiens-toi plus tranquille… »

Concision des observations, acuité du regard, précision de l’écriture font mouche au fil des chapitres condensés, comme autant de tranches de quotidien qui vous viennent à la tronche.

Ce samedi 24 août, Le Figaro s’intéressait à la robe Calvin Klein de Melania Trump à l’occasion du G7. Rien à cirer. A moins que les bottes… ?

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

24 août 2019

Joseph Ponthus, A la ligne, Editions La table ronde, 2019 – ISBN : 978-2-7103-8966-8