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Février

Chronique du 6 Février 2001

L’arrestation du numéro 2 de la société ELF a donné lieu en ce début février 2001 à un mouvement de panique journalistico-phonétique aussi inopiné qu’inattendu. A-t-on arrêté Alfred Sirven comme " Sirvenne, Alfred Sirven comme " Sirvent " ou Alfred Sirven comme " Sirvain " ? Le téléspectateur médusé a droit à une présentation de plus en plus cacophonique dans une affaire à lui couper de plus en plus le souffle.

De quoi être irrité à l’instar du Conseiller économique et social Albert Pen (comme " peine ", et non pas Pen comme " Pan "), lui qui dans l’Echo des Caps du 12 janvier 2001 s’insurgeait contre les abus phonétiques : " Combien de fois n’entendons-nous pas parler d’un match de football gagné par 3 buts à un comme si le mot " buts " s’écrivait " buttes "... ".

Mais l’essentiel en la matière n’est-il pas de gagner ? N’y a-t-il pas place pour la variété des prononciations, pour la chaleur langagière ? Pourquoi après tout prononcerions-nous Pen comme " peine ", " penne " ou " pêne ", alors qu’à l’école des instituteurs zélés se sont démenés pour nous faire différencier le " en " du " an ", voire du " on " ?

Evident pour qui vient de Bretagne, dira l’un. Mais sommes-nous des descendants de Bretons, dira l’autre ? Peut-on connaître toutes les façons de déglutir notre lexique ? Qui n’a pas été pétri d’angoisse à l’époque de la communale et des coups sur les doigts au moment de prononcer le nom du " docteur Knock " ?

Une prononciation correcte est-elle la fin de tous nos maux, l’essence de tous nos mots ? Nous met-elle à l’abri de l’ambiguïté ? Que penser de " Il aimait caresser la chatte de sa voisine ? " L’homonymie doit-elle pour autant nous couper le sifflet ? Faut-il se résigner à dire : " Elle aimait caresser la chatte du voisin " pour échapper à la férule ? Et le " Il aimait caresser le chat (comme chatte) de la voisine " ne nous donne-t-il pas simplement un renseignement utile sur l’origine du locuteur ?

Convenons-en, il faut rester zen au fil des ans.

Revenons donc à nos moutons (comme moutonses). Sirven comme " veine " ne nous intrigue-t-il pas autant que Sirven comme " vent " ? Ce grand visionnaire a-t-il manqué de pot, devin, pour se laisser arrêter comme un Philippin aux Philippines ? Doit-on s’attendre à une soudaine philippique épique ? Faut-il être à ce point philistin pour ne pas différencier le panache de la bravade, de la panade de la bravache ? (panade venant du provençal " panada ", de " pan " qui veut dire " pain ")

Alfred Sirven y est-il allé imprudemment fort niquant ses partenaires ? Et Christine Deviers-Joncours ne fait-elle pas courir un risque à son honneur avec sa raie publique ?

6 février 2001

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

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