Préambule
Je vogue vers les cinquante berges, en cette fin de millénaire. C’était du temps de mon enfance, voire de mon adolescence. Les jeunes se retrouvaient alors sur les terrains vagues ou sur la place du " Zazpi ". Deux bouts de bois, un long (la canne), un petit (le pipette) et le jeu était parti.
Le texte explicatif a été écrit par Guy Lévêque, artiste-peintre de Saint-Pierre et Miquelon, à qui je dois les illustrations de mes livres et CDs. Nous étions au Pays basque et discutions du jeu, de ses origines, de ses différents aspects. Il repose donc sur des souvenirs avec le souci d’être le plus précis et le plus fidèle possible. Il peut contenir des imprécisions, voire des oublis ou des erreurs. Il ne prétend pas à l’exhaustivité. Il est en fait une invitation à l’échange d’informations, l’essentiel étant de contribuer à la mémoire collective.
Le Pipette
Canne et pipette nécessitent un bois très dur, lourd, qui ne fende pas. Un manche d’outil (pelle, râteau) convient parfaitement. On peut en tirer une canne de 70 cm et plusieurs pipettes d’environ 16 cm. Les extrêmités de la canne sont sciées à l’équerre, celles des pipettes sont taillées en pointes. Il faut plusieurs pipettes pour une canne, car à force de coups violents ceux-ci finissent par éclater.
Un pipette trop long, certes plus facile à jouer, n’est pas assez rapide.
Un pipette
court est vif mais demande plus d’habileté.
Les éléments techniques
Le lancer
Le joueur frappe une extrémité du pipette posé au sol, le fait bondir et
le refrappe au vol (comme une balle de base-ball), pour l’envoyer le
plus loin possible (30 à 50 mètres).
La demi
Faire de " la demi " ou " délivré ou " délivrance " consiste à maintenir
en l’air le pipette qu’on a fait bondir, par petits coups orientés vers
le haut. Chaque coup donne un nombre de points convenus (5 par exemple).
Délivrer un lanceur pris peut demander 500 points ou plus selon les
conventions.
La gobe
Un pipette lancé, attrapé par un adversaire, avant qu’il n’ait touché le
sol, est " gobé ", il prend le lanceur.
Le lancer de retour
Un pipette non gobé est renvoyé à la main, à partir du point où il s’est
immobilisé, vers la canne posée au sol par le lanceur. Si le pipette touche
la canne, le lanceur est pris.
Le jeu
Il se déroule en simple ou en double. En simple chaque adversaire
possède deux chances. Pris une fois il peut rejouer et faire de la demi
pour se délivrer. A quatre, les équipes se délivrent mutuellement tant
que l’un d’eux n’est pas pris.
Le premier lanceur est désigné par tirage au sort. On recherche un
terrain offrant un maximum d’espace. L’aire de jeu est limitée par les
propriétés riveraines, qui sont interdites. Ainsi " pris dans les parcs
" signifie que le lanceur d’un pipette qui franchit une clôture est
considéré pris.
Le receveur se place dans la zone supposée d’atterrissage du pipette
frappé par le lanceur. Une fois la frappe effectuée, le lanceur pose la
canne au sol, perpendiculairement à la trajectoire du pipette. Si
celui-ci est gobé, le lanceur devra être délivré. Il en va de même si
l’adversaire parvient à renvoyer le pipette sur la canne. Dans le cas
contraire il suffit au lanceur de faire bondir le pipette, de le toucher
une fois en l’air en disant " canne ! " (annonce à ne pas omettre), pour
recommencer à jouer comme au début. Le lanceur est gagnant et conserve
sa position tant qu’il est délivré ou non pris. Quand les points de "
délivre " sont faits, le lanceur au dernier toucher du pipette crie "
une canne délivrée ! ". Le jeu reprend comme au début. Si le ou les
lanceurs sont pris deux fois avant que le total des points " de demi "
soit acquis, le jeu s’inverse, la canne change de mains. Les joueurs
sont donc alternativement gagnants ou perdants selon qu’ils frappent ou
reçoivent. Le joueur dominant est celui qui tient la canne le plus
souvent, sans qu’il y ait de comptabilité faite des positions tenues.
Rien ne vient arrêter la partie, sinon les activités annexes des
joueurs. Il s’agit vraiment d’un jeu, où il n’y a définitivement ni
perdant, ni gagnant, ce qui est rare.
Variantes
Le receveur a le droit de renvoyer du pied le pipette vers le lanceur
tant que le pipette ne s’est pas arrêté.
Le lanceur peut faire de la " délivre " d’avance pour gagner des " coups
", et jouer plus longtemps dans sa position.
L’art du jeu
Le lanceur adroit frappe loin, à mi-hauteur, hors de portée du receveur.
C’est un jongleur qui réalise beaucoup de " demi ".
Le receveur adroit renvoie le pipette bien dans l’axe de la canne en
roulant au sol, de sorte qu’il ne saute pas par-dessus.
Pour faire " canne ", le joueur n’a droit qu’à trois touchers. S’il n’y
parvient pas (dans un terrain mou) il est pris. Il en va de même pour le
lancer.
Le pipette a disparu à Saint-Pierre en même temps que les terrains

Quelques temps après la guerre anti-talibans en Afghanistan TF1 a présenté un court sujet pour montrer la vie d’un village peu accessible dans les montagnes afghanes. On y voyait de jeunes Afghans (10-15 ans) jouer au pipette ! Ce n’était pas le sujet, le journaliste ne l’a pas vu. Par contre un saint-pierrais de plus de 50 ans s’interroge, sur l’origine du pipette.