L’observateur éclairé par EDF, autrement dit, celui qui réfléchit la nuit, aura eu l’occasion de méditer l’appel au réveil syndical signé Jean-Pierre Carrère dans l’Echo des Caps du 19 octobre 2001. L’auteur se plaint de la somnolence des syndiqués de l’Archipel face à la perte du pouvoir d’achat. "Il faut militer pour un taux de syndicalisme supérieur à celui actuel, et ainsi viendront la force et la motivation pour défendre prioritairement l’intérêt général, avant l’intérêt particulier." Et de conclure : "Bref, il suffit de payer une cotisation annuelle…"
Je te laisse réfléchir à cette circonlocution finale qui peut faire craindre un engagement timide au regard de ce chant révolutionnaire venu du plus profond des luttes populaires : "Nous sommes unis par la vérole…"
L’appel méritait d’être lancé et le chroniqueur que je suis n’a pu que sentir frémir le goujon dans la mare aux canards. Il est vrai que plus l’automne est chaud, moins il l’est ; tandis qu’une rentrée chaude accompagne d’ordinaire les premières froidures, si tu vois ce que je veux dire ?
Non ? Je te raconte une anecdote. Un chasseur me disait aujourd’hui que la chasse au chevreuil a toujours été ouverte aux mêmes dates. Or, il n’était pas rare d’avoir l’onglée aux mains et de marcher sur des mousses pétries de froid (je poétise, mais c’est l’idée). Or, désormais, on peut pratiquement chasser en bibidiz, l’ancêtre du T.Shirt que l’on cachait comme la peau d’une femme afghane. C’est te dire si la terre se réchauffe.
L’Echo des Caps l’affirme, dans sa série sur la science ; notre bonne vieille Terre a la fièvre : "Des scientifiques basés en Alaska ont en effet annoncé au début de l’été qu’une nouvelle végétation était en train de faire son apparition dans la toundra, preuve supplémentaire, s’il en était besoin, d’un réchauffement de la planète".
Ce qui explique peut-être la baisse du syndicalisme. Tu te vois arpentant la ville en meute aux cris de :"L’automne sera chaud !", "La rentrée sera chaude".
- Un, tu enfoncerais une porte ouverte à cause la chaleur ;
- Deux, tu exacerberais le chasseur inquiet de sentir la planète se réchauffer sous ses bottes.
Il est des mots qui fâchent désormais, à la manière de la chanson "Comme un avion sans ailes", depuis la catastrophe du 11 septembre.
L’automne est donc de plus en plus chaud et le syndicalisme est de plus en plus frileux.
Tout comme les politiques d’ailleurs.
As-tu remarqué :
- que l’Echo des Caps est très modéré dans ses éditos ?
- que le Vent de La Liberté ne paraît plus que pour répondre aux attaques, s’il bien qu’il ne paraît plus puisqu’il n’y a plus d’attaque ?
- que le mouvement Cap sur l’Avenir est devenu muet depuis les Municipales ?
- que Trait d’Union, le journal du sénateur est le seul périodique à paraître mensuellement, ce qui en fait un mensuel périodique, à distinguer des hebdomadaires épisodiques ?
- que Mathurin-sur-WEB (comme on dit Breteuil-sur-Iton) fait un papier sur les journaux alors que les journaux ne font plus de papiers ?
- que personne ne semble s’être rendu compte du mutisme politique ?
- que l’on peut s’inscrire sur une liste électorale avec "un passeport même périmé" ?
- que l’on peut toujours s’inscrire sur une liste électorale avec "un titre de réduction de la SNCF non périmé", ce qui, à Saint-Pierre, tu en conviendras, risque de nuire à la mise à jour de ladite liste ?
- que par les temps qui courent, il faudrait que tu te mobilises ?
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 22 octobre 2001

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