Je ne peux passer sous silence la nouvelle qui nous a pris au dépourvu, nous les îliens archipelliens miquelonnais et saint-pierrais ; depuis le vendredi 19 octobre 2001, il faut présenter une pièce d’identité avant de prendre l’avion entre Miquelon et Saint-Pierre ou vice-versa.
Fichtre !
Une telle mesure ne peut qu’amener tout insulaire pétri de rochitude subarctique à considérer que la liberté bat de l’aile ici comme ailleurs. Allons donc jusqu’au bout de la logique. Désormais, il sera inopportun de prodiguer tout encouragement propre à favoriser une réussite excessive, tout conseil susceptible de donner des ailes à quiconque serait à même d’échapper aux contrôles du plan Vigipirate étendu à Saint-Pierre et Miquelon.
Sans doute sera-t-on avisé de poursuivre dans la droite ligne d’une attitude fort ancrée dans notre communauté visant à couper les ailes à tout porteur de projet propre à tout décollage. Admettons-le, tout être humain volant de ses propres ailes ne peut qu’être suspect.
Dans la lancée, sans doute faudra-t-il envisager des mesures coercitives à l’encontre de tous ceux qui s’envoient en l’air sans déclaration préalable dûment consignée dans les registres paroissiaux. Jouer la fille de l’air sera passible d’emprisonnement immédiat par mesure préventive dans le cadre d’une nouvelle loi visant à reconnaître la présomption de culpabilité. Comme dirait l’autre, il y en a marre de l’innocence.
Enfin sera-t-il sage de procéder à un nivellement par le bas, toute compétence de haut vol devenant obligatoirement suspecte. Le juste milieu sera la règle, toute cervelle d’oiseau, a contrario, ne pouvant qu’être source d’inquiétude. Tout RMiste de profession sera invité à rester dans sa merde ; pas question qu’il prenne son vol, l’espace aérien étant suffisamment encombré, les forces policières s’avérant insuffisantes.
Les envolées lyriques de nos responsables politiques seront toutefois tolérées, en témoignage des temps anciens. Par contre, toute intervention administrative au ras des pâquerettes s’exposera aux tirs croisés des chroniqueurs à l’affût, à titre de précaution. Il sera interdit de donner à quiconque des noms d’oiseau.
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 24 octobre 2001

Commentaires