L’automne s’est installé, l’herbe se fait rare, il faut bien nourrir les chevaux. 60 balles de foin pour l’hiver par tête de pipe, nom d’un canasson ! De quoi attraper la fièvre… et le rhume des foins. Le comble, c’est que le foin est loin de coûter peau de balle. Près de soixante-cinq balles la balle. De quoi faire du foin quand on aime un tant soit peu les bêtes…
Surtout que la concurrence est rude quand le foin se fait rare et cher pour peu que trop de bipèdes soient bêtes à manger du foin, surtout si tu tombes sur quelqu’un à cheval sur les principes, les deux étant souvent concomitants.
L’hiver risque d’être d’autant plus rude que nous allons entrer dans une phase électorale pour choisir notre futur(e) député(e), chaque candidat(e) enfourchant sans ambages et au minimum un cheval de bataille. De quoi couper l’herbe sous le pied à tout propriétaire de cheval confronté à la pénurie et à la cherté de la nourriture. Verra-t-on de surcroît se pointer un cheval de retour au risque d’accroître une pression déjà insupportable ? Ça fait une paille qu’on s’est pas vus, dira l’un, ce qui constituera en soi une consolation.
A l’heure du passage à l’euro, restera-t-il du foin dans les râteliers ? Foin des œillères rebattues rabattues ! Les prix n’iront pas à la baisse. Et tant qu’à arrondir, aussi bien penser aux fins de mois, diront les commerçants.
Si l’activité économique ne trouve pas un nouvel essor, ne risquons-nous de nous trouver de plus en plus nombreux sur la paille au point de s’étriller pour manger les restes ?
Il ne restera plus qu’à remettre en selle l’âme désarçonnée en lui proposant la botte.
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 25 octobre 2001

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