Ah les dictons ! Que ne reflètent-ils pas la sagesse aussi immuable que la liberté ! Et pourtant n’e serait-il pas sage de se méfier des idées toutes faites, si souvent véhiculées qu’elles deviennent immobiles.
Avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure, c’est plus l’heure", nous a-t-on répété si souvent, histoire de nous faire prendre les anciens pour plus intelligents qu’ils n’étaient. Or, ce dimanche, à deux heures, il était une heure, si bien qu’avant l’heure, si bien qu’à l’heure, ce n’était pas encore l’heure jusqu’à une heure après.
- Les Américains ont donné encore une roustée aux Talibans, a dit l’un.
- A la bonne heure ! a dit l’autre.
- Je ne vous demande pas l’heure qu’il est ! s’est exclamé un client sous l’effet conjugué d’un éthylisme latent et d’une perte de repères, accoudé à un bar à une heure moins avancée qu’il n’y paraissait.
- Je m’emmerde à cent sous l’heure ! s’est emporté son voisin.
- Ça te coûtera plus cher ce soir, a ironisé le barman.
Habitué à se lever à la première heure, un lève-tôt a eu du mal à respecter ses habitudes quand il s’est rendu compte qu’elle n’était pas au rendez-vous.
Un mourant a respiré d’aise quand, croyant que sa dernière heure était arrivée, il pouvait souffler encore cinquante-neuf minutes (je sais bien qu’une heure en comporte soixante, mais tu te souviens sans doute des problèmes d’intervalles).
Alors que nous étions tous engourdis, les Talibans ont continué de faire la guerre. Il n’y a pas d’heure pour les braves, a dit leur chef. Minute, papillon ! n’a pas osé dire un opposant.
Tu imagines la dérision frappant celui qui cherchera midi à quatorze heures alors qu’il ne sera qu’une heure de l’après-midi, tout simplement parce qu’il aura oublié de régler sa montre ?
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 28 octobre 2001

Commentaires