// Vous lisez...

Octobre

Chronique du 31 Octobre 2001

Il fallait bien que je t’en cause, sinon tu n’aurais pas compris mon mutisme à ce sujet. L’insécurité est à l’ordre du jour, dans ce monde en désordre, à Saint-Pierre comme partout. Mais il se trouve que l’on insiste tout particulièrement ici sur l’insécurité routière depuis la semaine dernière en ce mois d’octobre 2001. Nous eûmes droit successivement :

  • au verdict du procès consécutif au décès d’un des nôtres, écrasé sur la route sous les roues d’une camionnette, quelques mois de prison avec sursis pour le chauffeur, provoquant la colère des amis de la victime ;
  • l’intervention sur les ondes de RFO du colonel-commandant de gendarmerie sur l’insécurité routière, ce qui nous aura permis de différencier les trois formes d’insécurité liées au
  • a) véhicule (jugé inoffensif à l’arrêt - mais attention aux portes cochères),
  • b) conducteur (un danger en puissance)
  • c) réseau routier (sur lequel il ne fait pas bon de s’étendre) ;
  • à un édito du rédacteur en chef de l’Echo des Caps, dans son édition du 26 octobre intitulé " Insécurité ", consacré principalement aux dangers de la route. " Voilà une insécurité routière devenue routinière ", de déplorer l’adjoint au Maire. " Il se trouve justement que malgré - ou à cause - de notre kilométrage limité, l’insécurité routière devient de plus en plus un problème local. "

Jusque là, tout roule, si tu permets cette expression. Sauf que, tu l’auras compris, il est préférable de s ?en rouler une plutôt que de prendre la route, écraser son mégot plutôt que son voisin. Tant qu’à rouler, vaut mieux que ce soit sur l’or que sur du bitume, bien que, si tu y réfléchis, le prix du bitume peut justifier la recherche du pétrole off-shore, ce qui pourra te permettre peut-être de rouler sur l’or, précisément Comme quoi, rien n’est facile en ce bas monde. La femme, cet avenir de l’homme, préférera toujours qu’on lui roule un patin plutôt qu’une pelle mécanique. Et le cantonnier des chemins vicinaux sera moins dangereux à se les rouler que le chauffard stressé fonçant à tombeau ouvert sur la route de Savoyard.

Abordant toutefois - apprécie ce virage, ce tournant de ma prose -, le réseau routier. Saint-Pierre est en proie aux travaux d ?assainissement depuis le début de l ?été (j’entends déjà le rire du lecteur narquois haussant les épaules en s’exclamant : Ah ! Ah ! Je croyais que ç ?était depuis l’arrivée de Jacques Cartier !). La route du littoral, de la Caisse de Prévoyance Sociale au Centre Culturel, en passant par la place du Général de Gaulle, a été déchirée, saignée, tranchée, cuterrisée, labourée, à l’orée de l’été. Dès le mois d’août, le tronçon compris entre la place du Général de Gaulle au Centre Culturel, était soigné, pansé, cautérisé, bichonné. L’autre tronçon, de la CPS à la même place (je te cause de celle du Général), est toujours en liquette, dans un état désastreux obligeant les automobilistes à un jimcana forcené pour éviter de tout faire sauter dans leur guimbarde dernier cri, avec le risque de se trouver calendre contre calendre à soixante-dix kilomètres à l’heure, histoire de calculer l’effet de la vitesse quand deux véhicules roulent à vitesse identique en sens opposé, le tout sous les fenêtres de la gendarmerie et de la Direction de l’Equipement chargée de veiller à l’état de nos chaussées.

Explication ? Deux tronçons, deux marchés, deux compagnies chargées des travaux, l’une dans les clous, l’autre dans les choux.

Comme dit l’éditorialiste, " il convient en effet que sur le petit espace qui est le nôtre, la route présente moins de risques, et ne devienne pas un facteur de tension. "

Difficile de rester zen sur la nationale A ; de quoi rouler sur la jante, ça c’est sûr. A se rouler par terre, quand on a le sens de l’humour.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires 31 octobre 2001

Commentaires