Nos îles, osons le dire, s’en vont clopin-clopant en ce début de siècle nouveau. De colloques en séminaires, sans oublier force missions, le redéploiement économique est plus virtuel que réel. De quoi fumer lorsque l’on est impatient, a fortiori si l’on travaille pour des clopinettes.
Manque de bol, nos îles sont privées de clopes, les vraies, les cancérigènes, les américaines. Il n’est pas rare d’assister à une scène de désespérance chez l’épicier du coin. Du coup, c’est le sevrage intégral. De quoi faire une étude, qui à l’instar des autres, aura l’avantage de partir en fumée.
La privation dure depuis plusieurs mois. Une histoire de protection de marché pour ces cigarettes importées du Canada. On a beau être français, la gauloise n’a pas la cote face à la Rothmans.
Le Canada inciterait-il à ce que d’aucuns y aillent du cigare pour quelque bout filtre ? Les femmes fumeuses (n’ayons pas peur du féminin) se résoudront-elles à avaler la fumée de leurs partenaires, en guise de compensation ?
Qui aurait pu imaginer une telle situation au paradis de la " Prohibition " ? Saint-Pierre retient son souffle, la sinistrose gagne les fumeurs invétérés, les non-fumeurs se fendent la pipe et les buveurs déambulent désemparés avec leur allumette, pendant que la maîtresse d’école apprend à ses ouailles : " J’ai du bon tabac dans ma tabatière ".
Mais la longévité de l’insulaire ne gagnera-t-elle pas au change ? Qui osera désormais casser sa pipe, cette antidote ultime ?
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 19 novembre 2001

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