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Novembre

Chronique du 25 Novembre 2001

Ô lecteur chronicophile

Je t’ai laissé tomber, je l’avoue. Comme cela m’arrive quand je n’ai rien à dire. A la différence des politiques, tu en conviendras, je n’ai point à pointer au guichet de tes bons souvenirs, dans la crainte que tu puisses être victime d’une alzheimérisation fugitive le jour d’une consultation électorale.

La vie a donc continué en ce mois de novembre 2001, sauf pour Joseph Lehuenen, notre historien, qui est mort. D’ailleurs à voir son portrait en page de garde de l’Echo nécrologique municipal du 23 novembre, tu te doutes bien que le photographe s’attendait à ce qu’il ne passe pas l’hiver. Difficile de faire plus réaliste.

Pouvait-il être dupe, notre " Joe le Maire " en notant l’empressement de tous ceux qui tenaient à poser autour de lui ? L’heure de l’ultime éphéméride allait sonner. Inéluctablement.

Mais il est des morts qui nourrissent l’actualité et Joseph Lehuenen est de ceux-là. Georges Poulet, le directeur de la publication, ne s’y est pas trompé, lui qui a tenu à nous remémorer dans un article intitulé "les ombres de novembre " les mânes d’illustres inconnus. Qui se souvient de Gaston Monnerville ? De Jeannette Thorez-Vermersch ? Certes l’on se souviendra encore quelque temps du Général de Gaulle parce qu’il sert encore les vivants. Pour les autres la Camarde a tout effacé.

" Joseph Lehuenen, vous voici entré dans l’Histoire ", d’écrire Karine Claireaux, le Maire de Saint-Pierre. La majuscule est d’importance. Mais elle ne suffit pas pour assurer la pérennité de la mémoire. Encore faut-il que les vivants se souviennent. Et comme Joseph Lehuenen était la " mémoire " de l’île, comme le rappelle Albert Pen, l’ancien maire de Saint-Pierre, comment peut-on se souvenir lorsqu’elle a disparu ? " Je suis certain que le Conseil Municipal voudra très vite, pour honorer sa mémoire, donner son nom à une artère de la ville ", de proposer Albert Pen. A condition toutefois de penser aux plaques car elles manquent souvent aux carrefours. Qui n’a pas noté l’étrangeté d’un étranger déambulant désemparé dans les rues de Saint-Pierre avec un plan de la ville à la main ?

" Nous garderons en mémoire ", " nous n’oublierons pas ", d’écrire à son tour Annick Girardin pour le groupe Cap sur l’Avenir. Sage décision, car, comme a pu dire un certain François Mitterrand, dans un livre intitulé " Mémoire à deux voix ", " penser aux mort, c’est assurer la survie des gens qu’on a aimés, (François Mitterrand était capable d’édulcorer) en attendant que d’autres le fassent pour vous. "

Joseph Lehuenen est donc mort. Et l’histoire de Saint-Pierre et Miquelon continue. Pourrait-il s’en offusquer ? Comme l’a écrit Saint-Exupéry, " la mort du jardinier n’est rien qui lèse un arbre. Mais si tu menaces l’arbre, alors meurt deux fois le jardinier ".

Henri Lafitte, Chroniques insulaires 25 novembre 2001

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