Accepter le regard des autres. Telle peut être la leçon mon pote — je me permets cette familiarité —, de l’enquête publiée par l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économique, le 4 décembre 2001, sur les jeunes de quinze ans. Difficile sans doute pour la France franchouillarde d’accepter de n’être considérée en matière d’éducation que comme un élève moyen.
But de l’organisation internationale : vérifier si les jeunes qui arrivent en fin de scolarité obligatoire " possèdent les connaissances et les qualifications requises pour jouer pleinement leur rôle dans la société ". Plus que les connaissances scolaires, il s’agissait donc d’évaluer les compétences. La Finlande, le Japon, la Corée, arrivent en tête pour la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. Ce sont aussi les pays où les écarts sont moins grands entre les meilleurs élèves et les moins bons. Occasion de réfléchir à la difficile gestion de l’hétérogénéité dans les collèges français.
La Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie devancent aussi la France où celle-ci se place plutôt bien en matière de culture mathématique. " Les résultats français sont supérieurs à la moyenne de l’OCDE lorsqu’il s’agit d’exercices purement scolaires, mais cela n’est pas le cas lorsque la situation nécessite une prise d’initiative ", de constater la direction de la programmation et du développement du Ministère de l’Education nationale.
A noter que l’enquête de l’OCDE révèle la peur de la faute chez les jeunes Français. Ils préfèrent s’abstenir plutôt que de courir le risque de l’erreur (ajoutes-y le culte de l’abstinence chez les bien-pensants et tu leur prépares un sacré bel avenir à ces marmots). Ces données ne souligneraient-elles pas une faille dans la méthode d’apprentissage où la démarche pédagogique globale serait trop coercitive, laissant peu des place à l’initiative ? Le perpétuel contrôle de l’orthographe ne l’emporte-t-il pas sur l’expression des idées ? Le Brevet, en fin de collège, ne condamne-t-il pas au rabâchage ? La notation ne demeure-t-elle pas désespérément sommative (mot à propos duquel tu remarqueras qu’il ne se trouve pas dans le dico du premier locdu) ?
A une époque où l’on ne peut échapper à l’ouverture internationale, l’enquête de l’OCDE a le mérite d’inviter à la réflexion en faisant la part des choses. Une attitude qui ne peut qu’être positive si l’on accepte de ne pas prétendre être meilleur qu’on l’est.
Mais là c’est peut-être plus dur.
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 6 décembre 2001

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