Ségolène Royal aborde des dossiers qui semblent lui échapper. Ainsi en va-t-il de son ingérence sur le thème de la « souveraineté du Québec ». Au nom de quoi la France aurait-elle la prétention de se prononcer sur la notion même de « souveraineté » pour une partie d’un ensemble souverain, une province du Canada ?
Un tel positionnement d’une candidate à la présidence suprême d’un pays pétri de sa propre Histoire n’est-il pas révélateur de l’ignorance franchouillarde d’une expression francophone multiple au sein de la fédération de notre grand voisin, ce voisinage étant la résultante de l’existence d’un élément de l’ensemble français, d’une collectivité territoriale d’une république fière de s’afficher « une et indivisible », nos îles, celles de Saint-Pierre et Miquelon ?
Il appartient aux Québécois de décider de leur destin. Jusqu’à présent, les référendums se sont soldés par une mise en minorité des tenants de la séparation. L’avenir de cette composante clef que représente le Québec au sein du Canada ne peut qu’avoir une incidence forte sur d’autres communautés francophones porteuses d’une identité spécifique, comme les Acadiens des provinces atlantiques et les Franco-Ontariens. Notre originalité, sur l’Archipel, est de pouvoir entretenir des liens forts entre différentes composantes, dans le respect de celles-ci, sans avoir à mettre notre nez dans des affaires qui ne nous regardent pas.
Accepterions-nous que nos voisins viennent se mêler de la conception de notre identité souveraine et de la liberté, en bousculant nos évidences ? Certes la petitesse de notre archipel pourrait ne pas perturber certaines têtes de la représentation hexagonale ; il en irait tout autrement si d’aucuns, de l’extérieur, s’entichaient d’un avenir sécessionniste pour la Guadeloupe, la Martinique, la Bretagne ou le Pays basque.
La France gagnerait à mieux prendre en compte l’originalité de l’expression de la langue française dans sa diversité au sein d’un pays bilingue, porteur d’une originalité qui n’est pas facile à dynamiser au fil des décennies, rien n’étant jamais acquis.
Ne risquerions-nous pas sinon, par imprudence, d’aller aux bois clairs sans trouver de lauriers ?
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 24 janvier 2007

D’abord Mme Royal, n’est pour le moment que le porte-voix d’une partie des militants du Parti Socialiste. Dans sa position elle n’aurait pas dû s’exprimer sur le Québec. Si cette intervention paraît hasardeuse, on ne peut pas croire qu’elle soit improvisée. J’aurais tendance à penser que la patrie mère de la francophonie donne à son élite le sentiment de dominer tous les peuples s’exprimant dans notre langue. Or une langue est avant tout un outil d’expression au service d’une culture, d’une manière d’être et de penser, qui la précèdent. Ces éléments sont forgés par l’histoire, les conditions climatiques,le caractère des habitants...Oubliant cette nuance, Ségolène aurait-elle voulu flatter les électeurs qui sont convaincus de parler supérieurement le francais ? Pas très socialiste commme calcul.
Trois raisons de tomber dans le piège de la fameuse "arrogance française" là où n’est en fait qu’un exemple de langue de bois, une vénielle flagornerie de campagne électorale.
Plusieurs costauds ajouteront sans doute une quatrième raison en forme d’histoire de "blonde" du style Edith Cresson, et tout aura été dit sur cette futile péripétie :)