À tous les malades de Saint-Pierre, prenez votre mal en patience que diable (ou nom de Dieu) !
Que la santé vous guette, en attendant des jours meilleurs !
Un nouvel hôpital vous est destiné à l’emplacement de l’ancienne piste, ce qui offrira quelques avantages non négligeables qui ne peuvent que vous encourager à garder la forme pour quelque temps encore. Citons, à titre d’exemples, sur la terre promise :
- une vue sur le port pour les anciens pêcheurs (espèce, comme la morue, en voie de disparition) ;
- une vue sur le clocher de l’église, perspective essentielle pour qui en ont l’esprit, et Dieu sait s’ils sont nombreux ;
- la même vue sur le clocher pour tout pécheur à l’accent aigu ;
- une quasi promiscuité, à vol d’oiseau, avec le cimetière de proximité ;
- un rapprochement non négligeable de l’incinérateur ;
- une vue imprenable sur les dépôts de terre, sur le terre-plein, le long du barachois, spécialité à forte valeur touristique ajoutée ;
- une vue sur les barques saillées sur le plain pour qui n’aura pas su mener la sienne (histoire d’éprouver quelques regrets) ;
- une présence sur un théâtre d’opérations qui auront marqué l’histoire de Saint-Pierre en attendant celles qui vous marqueront à leur tour (pour mémoire, arrivée intempestive de Transalls bourrés de gardes-mobiles, occupation de ladite piste, manifestations populaire, du temps où notre sang ne faisait qu’un tour) ;
- le port de plaisance pour qui aura envie de chanter " Maman les p’tits bateaux " ;
- un rapprochement de la nouvelle piste en cas d’évacuation vers Terre-Neuve ;
- Terre-Neuve, à l’horizon, les jours de beau temps ;
- Terre-Neuve, dans la brume, les jours de mouise ;
- une vue sur le Musée pour les rêveurs d’éternité.
Quant à l’ancien hôpital, du fait de son allure de blockhaus carré autour de sa cour intérieure, on pourra peut-être y transférer la prison de Saint-Pierre, jugée trop exiguë, notre Archipel (du goulag) pouvant enfin, à l’instar de la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf, afficher sa Prison de la Santé. Il suffira d’ajouter quelques barreaux aux fenêtres comme à la pharmacie provisoirement délocalisée, sans oublier un chalut au-dessus de la cour pour éviter que les gros poissons éventuels s’enfuient par hélicoptère.

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