Les mots se sont entrechoqués, à Saint-Pierre et Miquelon, entre un jeudi 13 et un lundi 17 d’un mois d’avril 2000. " Harcèlement moral ", " propos violents et injurieux ", " mise en congé forcé " ont encombré les ondes des journaux radio et télé. Et puis " rappel des règles de la république ", " hiérarchie ", " inspection générale ". Et encore " occupation des locaux ", " grève ", " apaisement " et " satisfaction ".
" Lynchage médiatique ", " justice populaire ", déplore le Préfet interrogé sur l’événement dans un souci compréhensible de calmer le jeu. Mais le public demandait-il quelque chose ? Demandait-il à être juge ? Que sont les grèves si ce n’est, entre autres objectifs, un appel à témoin quand le dialogue ne passe plus ?
A Saint-Pierre, comme à Paris, comme en Corse, comme à Trifouillis-les-oies, comme à Roissy, ou Montparnasse, sur la route, dans les prés, dans les champs, en vacances, sur les plages, au boulot, au repos, on se coltine l’humeur des autres. Mais n’est-ce pas la vie ? Et ne peut-on faire preuve de sagesse en essayant tout simplement de comprendre ? N’est-ce pas après tout l’ordinaire de la démocratie et de la liberté de la presse ?
Puis tout rentre dans l’ordre et nous tous d’attendre un autre " 20 heures ", prêts à être sollicités par toutes les incompréhensions du monde.
Les locaux de la Direction de l’Equipement étaient occupés en ce lundi 17 avril, dans un conflit opposant direction et syndicats. La nouvelle de la mise en congé forcé du directeur est tombée. Demain le cours des choses retrouvera son lit, comme une rivière qui s’apaise.
Claude Faraldo, le scénariste, est à Saint-Pierre pour lancer son film " La Veuve de Saint-Pierre ", histoire autour d’une guillotine dans le cadre de " l’affaire Néel ". C’était il y a cent cinquante ans. Les histoires d’aujourd’hui alimenteront-elles les romances de demain, comme du temps " où la bonne société, en exil forcé, (maintenait) le carcan rigide des idées toutes faites " (Yahoo/AFP, 15 avril 2000) ?

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