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Mai

Chronqiue du 23 Mai 2000

Il y a des morts qui me laissent froid comme la glace (je parle de la mort féminine qui emporte tout, même les mâles assurés), par exemple celle de Barbara Cartland, qui aura réussi à parler d’amour sans parler de sexe dans 723 romans à l’eau de rose jusqu’à ses 98 balais. Comme quoi il n’est si belle rose qui ne devienne gratte-cul. D’ailleurs - que je te livre cette apostille - ne dit-on pas " con comme un balai " ? Tu imagines le résultat à 98...

Puis j’ai appris le même jour la mort de Gauss. Et j’ai eu comme un grand pincement au cœur. Gauss, c’était un grand Terre-Neuve noir, le fidèle compagnon d’un prof de math venu s’installer à Saint-Pierre il y a maintenant plusieurs années.

Gauss, vous l’aurez sans doute vu souvent, (et toi, cher lecteur éloigné, active ta centrale imaginative) avec sa taille impressionnante, indolent et bon comme la vie (la vraie, la sympa), devant la porte d’un restau ou d’un bar. Gauss vous regardait franchir le seuil des lieux interdits aux chiens, l’œil compréhensif (j’emploie le singulier, car j’ai souvent eu du mal à lui voir les deux yeux, à cause de ses longs poils noirs).

En plus d’être le chien d’un pote, Gauss était aussi des nôtres. Il est mort empoisonné, victime nom d’un chien ! d’une opération de dératisation qui ne lui était pas destinée, la vache !

" Je ne veux pas du tout vivre jusqu’à cent ans. Je n’ai pas peur de mourir demain ", déclarait Barbara Cartland en 1996. On ne lui en veut pas de ne pas avoir livré son 724e duplicata.

Je regrette que Gauss n’ait pas eu la faculté d’écrire au moins une fois avant de mourir.

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