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Décembre

Chronique du 18 décembre 2002

Les pubs ont ceci de particulier qu’il en faut un max pour que l’une d’entre elles nous accroche l’œil. Et je dois t’avouer, ô lecteur amateur de prunelle les soirs de grande fête, que je pourrais décourager tout publicitaire en herbe ou florissant.

Mon attention a été toutefois attirée par une invitation au parfum « Yin et Yang », « Yin » « une eau de parfum pétillante, féminine et douce comme un vêtement fluide », « Yang », « une eau de toilette contrastée et confortable, comme un vêtement structuré… », Yin étant « pour elle », Yang étant « pour lui ».

Pourquoi ? me suis-je demandé. Est-ce à force de vivre dans une société inodore ? Ou est-ce à cause de tous ces travaux d’assainissement qui ont, reconnaissons-le, remué la merde au point qu’on ait le nez dedans ? Est-ce l’effet de la frustration collective de ne pas être mis suffisamment au parfum des grands enjeux ? Tu vois qu’au pif plusieurs explications sont déjà possibles, ô lecteur parfurmé.

Et me voici pris d’une interrogation consubstantielle ce qui, en substance, peut arriver à n’importe qui. Yin, me suis-je dit, en plagiant le Petit Robert, n’est-il pas le « principe fondamental de la philosophie taoïste chinoise, correspondant approximativement à la notion de passivité » ? Quant à Yang, n’est-il, pas dans la même veine, le « principe (…) correspondant approximativement à la notion d’activité » ?

La femme serait-elle donc passive dans son « vêtement fluide » pendant que l’homme serait actif dans son « vêtement structuré » ? Yin pour madame le Maire de Saint-Pierre, pendant qu’on y ait, et Yang pour monsieur le Président du Conseil Général ; Yin pour madame le Ministre de l’Outre-Mer et Yang pour le député. A vue de nez, tu en subodores les effets ? L’activité et le costume de rigueur sont-ils l’apanage des hommes ? Et la passivité dans des fringues évanescents celui des femmes ?

Ne sommes-nous pas tous au fond un peu ying et yang dans cette micro bulle (de savon) où l’on arrive même à ne plus se sentir à force de ne plus se blairer, tantôt passifs, tantôt actifs, au gré des turbulences ? Et la survie ne nécessite-t-elle pas un sens olfactif très développé ?

Henri Lafitte, Chroniques insulaires 18 décembre 2002

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