Je te le dis ô lecteur, tant pis pour toi si tu n’es pas Américain. Sois conscient de l’injustice divine qui t’empêche d’agiter ton petit drapeau étoilé à la face du monde. Si l’envie te prend d’aventure de pavoiser avec ta feuille d’érable ou tes couleurs bleu, blanc, rouge, (on peut imaginer que tu sois français, après tout, tout le monde n’est pas francophone comme dirait un franchouillard pétri d’autosuffisance), ou avec tout autre tissu emblématique de ton identité, tu auras l’air d’un... non-Américain. Et ce statut de non-être (par les temps qui courent, vu que tout s’accélère) est très dur à porter.
A regarder les télés américaines, depuis les horribles attentats de New York et de Washington, la vie est tout simplement binaire : ou tu es Américain ou tu ne l’es pas.
Nous avons tous été catastrophés devant… la catastrophe des tours jumelles (tu remarqueras que dans l’inconscient collectif, le Pentagone n’occupe pas la même place). A Saint-Pierre et Miquelon nous nous sommes retrouvés comme ailleurs pour trois minutes de silence, sous une pluie diluvienne.
Vendredi 21 septembre 2001 : terrible accident à Toulouse : une usine pétrochimique explose. Près d’une trentaine de morts, plus de deux mille blessés, une véritable catastrophe. Samedi, dimanche, je regarde CNN. L’Amérique se contemple le nombril ; Toulouse n’existe pas, les morts n’étaient pas américains.
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 24 septembre 2001

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