Temps superbe sur les îles en ce vendredi 28 septembre 2001. Un temps à folâtrer dans les sous-bois, comme les cerfs de Virginie exilés sur Langlade (je dis exilés parce que l’appellation "cerf de Langlade" n’est pas entré dans le vocabulaire local, d’où la notion d’exil).
Un temps à bander comme un cerf, si tu me permets cette audace, pour profiter encore de la moiteur des mousses automnales.
Comme quoi on peut être poète et rêver d’arborer des cornes (pour la bonne cause, bien entendu).
Sauf que toute ressemblance avec une bête à bois n’est plus guère de mise par ce week-end de septembre où trois cents chasseurs vont s’engouffrer dans les fourrés le doigt sur la gâchette et la fleur au fusil (pour la poésie).
La chasse au chevreuil est ouverte.
Et les bêtes apeurées (on les comprend) de se déguiser en cerf, ce qui est con, tu en conviendras. Car pour se déguiser en cerf quand on l’est déjà, ma biche ? car c’est à toi que je m’adresse ?, faut vraiment avoir envie d’être cocufié, si je puis me permettre.
C’est alors que je rencontre un fourailleur ? je te parle d’un type prêt à tuer la bête avec une arme à feu ? :
- Ça va-ti ? Que je lui demande.
- Ça biche, qu’il me répond. Et de me mettre in petto à penser à Brassens.
- Pourquoi ? Que tu me demandes. Tu vois, j’suis sympa, je fais les questions à ta place.
- "Moi j’bichais car je les adore / Sous la forme de macchabées" qu’il chantait.
Tu comprends donc pourquoi il vaudrait mieux, à la limite, voire à l’orée, être cocu à Saint-Pierre que cerf de Virginie à Langlade. T’as encore la chance de te réveiller , de te nipper avec tes dernières hardes, de bramer ou de repartir en chasse d’une autre biche avant de te retrouver une nouvelle fois comme une andouille sans andouillers.
Henri Lafitte, Chroniques insulaires 28 septembre 2001

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