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Septembre

Chronique du 30 Septembre 2001

J’ai fait un cauchemar, du genre post-traumatique, frappé sans doute par l’attentat de New York, celui de Toulouse (mais non, il paraît que c’est un accident), pétri d’angoisse latente à cause de tous ces vatenguerres (tu vois j’en fais un nom commun et je n’hésite pas à le mettre au pluriel) qui martèlent notre PAIX, notre paysage audio-visuel international xénophobe.

Sans doute aussi ne voulais-je pas oublier l’été, celui d’avant le 11 septembre 2001. Et dire que pendant que nous nous laissions porter par l’onde musicale, des terroristes surfaient sur leur désir de frapper le c ?ur de l’Amérique !

Il paraît que c’est toujours comme ça quand on sort de l’été. Je ne te parle pas des attentats (heureusement), mais de cet état second qui nous moule dans une sorte de refus de voir se tourner la dernière page de ses enchantements. J’croyais avoir l’exclusivité de la sensation. Mais une chronique d’Yves Simon dans le dernier numéro de Chorus, la revue de référence de la chanson,m’a rappelé que ce n’est pas demain la veille que j’inventerai le nouveau fil à couper le beurre. "On a aussi l’impression de dire adieu à son corps, au délicieux placenta des marées et des vagues, pour n’avoir affaire qu’à sa raison et à la cruelle reprise du temps". J’en ai eu le souffle coupé. Et en en plus, il écrit bien ce con. Enfin, je dis ce con, comme j’aurais pu dire ce salaud. Ce salaud, comme j’aurais pu dire cet enfoiré. Cet enfoiré comme j’aurais pu dire ? Qu’est-ce que j’aurais pu dire de plus sympa, en fait ?

J’en reviens donc à mon cauchemar. Je me suis vu à Saint-Pierre, au lycée, avec des adultes qui s’entre-déchiraient, devant la télé avec des trognes annonciatrices d’orages, dans la rue avec des mines post-automnales (après la chute des feuilles), devant mon café matinal avec les traditionnelles passes d’armes (le mot n’est neutre) d’hommes politiques en panne d’idéal (je ne dis pas idéaux, tu remarqueras).

Je me suis dit que Saint Pierre (sans le trait d’union) avait changé de crémerie, avec son auréole et son porte-clefs. J’ai ressenti comme une douleur interne (t’as déjà ressenti une douleur externe toi ?). Et je me suis réveillé avec l’Echo des Caps d’un côté, le Vent de la Liberté de l’autre et j’ai réalisé que je n’avais pas rêvé.

Puis je me suis mis à méditer, en ce 30 septembre 2001, sur les déclarations de George W. Bush, qui a réaffirmé que les Américains allaient "gagner" un conflit qu’ils n’avaient "pas cherché".

Henri Lafitte, Chroniques insulaires 30 septembre 2001

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