Michel Bernard, Deux remords de Claude Monet

Je suis toujours décontenancé par les clins d’œil du hasard. Comme tu le sais peut-être, ô lecteur au regard éveillé, la peinture permet d’aborder l’indicible. Voilà donc un moment que je voulais me plonger dans un gros volume paru chez Taschen, de Daniel Wildenstein, récapitulant l’œuvre de Claude Monet. Chose faite au cours de cet hiver donc, notamment depuis ce mois de février.

Aujourd’hui, cherchant un roman sans doute déjà lu dans ma bibliothèque, je tombe sur un livre oublié. Je me revois immédiatement en train de l’acheter à l’automne 2016 à la librairie L’Archipel des Mots à Vannes, Deux remords de Claude Monet

Je l’avais oublié. Et le roman d’aborder la relation entre deux amis peintres, Claude Monet et Frédéric Bazille. Frédéric Bazille qui mourra à la guerre de 70 Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Me voilà donc prêt pour la lecture attentive de ce roman écrit par Michel Bernard. J’ai pu me rendre compte que le récit était construit à partir d’une recherche attentive de la vie de cette référence clef de l’impressionnisme qu’aura été Monet. Il suffisait d’une bonne plume, d’une syntaxe alerte pour enclencher mon plaisir de découverte et la réponse positive aura été immédiate. J’ai été sensible par la qualité de cette écriture posant le peintre en mouvement d’observation, par la fenêtre du train, à la rencontre de ce qui allait être une intensité fixée sur une toile : « Dans les rues des villes traversées, ces travailleurs arrêtés par le regard du voyageur devant le tas de sable où était plantée leur pelle, la planche qu’ils gravissaient, un sac de charbon sur le dos, le mur qu’ils crépissaient, le miroitement du carreau qu’ils posaient à la fenêtre, le signal de voie qu’ils manœuvraient, étaient le travail, l’effort humain, la vie laborieuse. » (p. 67)

Il est des cheminements douloureux d’artistes que méconnaissent les pétris de certitudes de l’ordinaire embourgeoisé. Etre dans la merde mais : «  Les choses d’aujourd’hui sous leurs yeux et celles qu’ils posséderaient demain seraient simples et belles, accueillantes à la lumière qui affluerait dans leur maison. » (p.84)

Au fil de la lecture, les tableaux ne sont pas œuvres inertes mais créations en mouvement, dans le quotidien de Claude Monet auprès de sa femme Camille et de Jean leur petit garçon. Le rapport à l’impression de l’immédiat est désormais dans cet aller-retour subtil entre mots fixés sur le papier et regard du lecteur emporté dans son imaginaire. Magie du roman d’où émerge la vie sans cesse renouvelée. Je me serai amusé à parcourir à nouveau le gros volume de chez Taschen dont le romancier se sera inspiré dans une exploration-animation originale. Michel Bernard donne réellement vie à des scènes qui auraient pu être condamnées à l’immobilité. Peut-être ce roman peut-il encourager un visiteur de galerie d’exposition à imaginer l’effervescence orientée vers la fixation de l’instant sur une toile. Le roman devient à son tour impressionniste et rayonne de cette vibration.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

18 mars 2017

Michel Bernard, Deux remords de Claude Monet – La Table ronde – 2016 – ISBN : 978-2-7103-8070-2

Livre cité : Daniel Wildenstein, ou le triomphe de l’impressionnisme – Taschen – 2010 – ISBN : 978-3-8365-2322-6