Valentine Imhof, Zippo

Son premier roman, Par les rafales, sorti en 2018, est là sur une étagère. J’avoue que je n’ai pas pris encore le temps de m’y plonger, tout simplement emporté dans un maelström où l’on ne sait plus où donner de la caboche tant une vie humaine paraît bien courte face au verbe qui n’en finit plus de se faire chair.

Et 2019 de voir paraître le deuxième roman de Valentine Himhof, Zippo, rubrique torrent noir, ou policier comme tu l’entends, dans la lignée du premier opus qui – je l’aurai appris, aura fort bien marché à Saint-Pierre et Miquelon, où l’auteur est professeur de lettres au lycée, qu’en métropole. Il faut dire qu’être publié par Les éditions du Rouergue était déjà un indicateur sur la qualité qui attendait tout un chacun sur les chemins de la lecture.

Du coup, histoire d’en avoir le coeur net, j’ai ouvert le deuxième volume et… je l’ai fermé à la dernière page. Ajouterai-je que le polar ne fait pas partie de mon ordinaire. J’en étais globalement resté à Georges Simenon qui m’accroche toujours autant et à Frédéric Dard (San Antonio), pour son écriture débridée.

Zippo brûle le lecteur… Heureusement pas comme certains personnages du roman qui vous font frémir… Mais par la réussite de l’intrigue, par l’écriture aussi, claquante, percutante, en courts chapitres cadencés, dans un suspense… brûlant.

Milwaukee Wisconsin. Et pas le monde des petits riens. Fou post-traumatisé, milieux sado-maso, strates glauques d’une grande métropole américaine… On valdingue tour à tour dans le ciboulot du « maniaque qui crame les filles » (p.98), de l’égérie dudit, des policiers sur leurs talons (aiguilles) en prise à leurs propres tourments. Côté fantasmes, le lecteur relooké mateur sera servi. Est-ce l’effet des cagoules nombreuses dans le récit ? Tu ne sais plus au fond à quelles perturbations synaptiques te vouer.

L’auteur, elle, maîtrise son récit et ne nous lâche pas. Tu as ouvert le polar, tu iras jusqu’au bout, quitte à aller faire une marche pour souffler ensuite. D’ailleurs je n’en dévoilerai rien, tant il appartient à chaque explorateur d’imaginaire de se construire ses propres images. Une invitation en quelque sorte à « un test concluant »…. Pour des mots ni « lisses », ni « désincarnés »… Bien au contraire… Du ficelé. Syntaxe déshabillée pour des tourments mis à nu. Vers d’étranges pistes. Avec, en creux, au fil des pages, une dimension sonore, aux tonalités rock, playlist récapitulative en fin de récit.

Keep on writin’.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

2 octobre 2019

Valentine Imhof, Zippo, Editions Le Rouergue, 2019 – ISBN : 978-2-8126-1866-6

Disponible à la librairie Lecturama