Carnet de lecture : Stefan Zweig, Amerigo

Je vis en Amérique. Le dire s’apparente à une évidence pour qui réside à Saint-Pierre et Miquelon. (Un peu moins pour qui la France n’est qu’hexagone) Mais qui a découvert l’Amérique ? Christophe Colomb apprenait-on à l’école comme si le nom même préexistait. Dans les années cinquante-soixante du siècle précédent, à Saint-Pierre on ne nous évoquait ni John Cabot, ni les Vikings, ni les pêcheurs anonymes qui fréquentaient les bancs poissonneux dès la fin du XVe. Il n’y avait que Christophe Colomb qu’on imaginait accostant sur les rives d’un immense continent alors que du pont de La Santa Maria le 12 octobre 1492 il «voit briller la côte de Guanahani » (p.52)

Amérique ! Le mot n’existait pas avant qu’un géographe allemand de renom, Martin Waldseemüller, l’appose sur un portolan, parution le 25 avril 1507.

Aurait-il pu baptiser cette immense étendue Colombie ? Notre labellisation en eût été changée. Il aura choisi un autre nom, Amérique, d’Americo Vespucci, homme ordinaire qui n’aura rien eu d’un grand explorateur.

Partir sur les traces de ce nom de baptême relève d’un récit haletant comme a su le faire Stefan Zweig, grand auteur autrichien alors exilé au Brésil en plein conflit mondial en 1941.

Il est des parcours qui incitent à se méfier ensuite des évidences. Se décentrer, se replacer dans le contexte d’une époque clef de l’histoire humaine – mettant le cap dirait-on aujourd’hui sur la mondialisation -, Stefan Zweig est en la matière un bon « pilote » comme l’aura été Amerigo Vespucci à la fin de sa vie.

Amerigo qui dans ses lettres avaient consigné sa perception d’un  Nouveau Monde, deux mots qui d’un prénom allaient ouvrir un nouveau tome de l’Histoire.

Henri Lafitte, Chroniques insulaires

18 novembre 2017

Stefan Zweig, Amerigo – Le livre de poche 2017 – ISBN : 978-2-253-14058-0